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Contenu de la page : 1. A propos de la langue khmère -- 2. A propos des documents -- 3. Références -- 4. Liens vers d'autres ressources

1. A propos de la langue khmère

Le khmer, également appelé cambodgien, est la langue officielle du Cambodge. Il fait partie du groupe des langues môn-khmères, ce groupe étant rattaché à la famille des langues austroasiatiques (Sidwell 2009).

1.1. Le khmer et la famille des langues môn-khmères

Ferlus (1979, 1992) distingue parmi les langues môn-khmères celles qui sont conservatrices (tels que le khamou ou le laven) et les langues qui sont innovantes du point de vue de l'évolution de leurs consonnes occlusives initiales. Le khmer figure parmi ces langues innovantes, car il a développé un système vocalique complexe à partir du transfert d'anciennes oppositions entre consonnes initiales -- la même source qui a donné en vietnamien (autre langue môn-khmère) une bipartition du système tonal.
Tous ces développements innovants constituent une réponse à titre compensatoire à la perte de l'opposition de voisement des consonnes initiales. Les trois scénarios attestés sont : le développement de registres de qualité de voix (registrogenèse, voir Jones 1986 et Matisoff 2001); la bipartition du système vocalique; ou la bipartition du système tonal (Haudricourt 1965).

Le khmer a joué un rôle essentiel dans la découverte de ces phénomènes fondamentaux, qui ont façonné le système prosodique de la plupart des langues de l'Asie de l'Est et du Sud-Est. Dans une étude fondatrice, Henderson (1952) a mis en évidence les étapes de l'évolution des oppositions des initiales aux oppositions de la phonation, puis jusqu'aux contrastes vocaliques actuels du khmer.


Consonne initiale

Voyelles (rime syllabique)

Registre

*non voisée

Voix de tête / phonation tendue

Ton haut

Normal

Ouverture des voyelles

Premier (1) ou ensemble haut
Head register : "a normal or head voice quality" (Henderson 1952)

*voisée

Voix soufflée / phonation relâchée

Ton bas

Constriction

Fermeture des voyelles

Second (2) ou ensemble bas
Voice register : "a deep rather breathy or sepulchral voice,… pronounced with lowering of the larynx" (Henderson 1952)

Une évolution plus récente, indécelable au moment de l'étude d'Henderson, consiste en un développement d'un ton contrastif à partir de la réduction d'un groupe de consonnes initiales : *kr et *kh ont fusionné (pour donner kh), et les oppositions lexicales antérieures sont maintenues sous la forme d'une opposition tonale (Kirby 2014). 

Le khmer porte la trace de diverses influences (Higham 2002 : 14). Le sanskrit et le pali ont principalement apporté des termes culturels, religieux et royaux. Parmi les registres plus familiers, le thaï, le lao, le vietnamien ainsi que le cham ont donné au khmer plusieurs mots. Selon Higham, "la religion, l'architecture, les écritures indiennes et le sanskrit ont été intégrés dans les cultures autochtones. Cela est le cas pour les locuteurs du môn de la vallée du fleuve Chao Phraya, pour les locuteurs du khmer de la zone centrale et inférieure du Mékong, et pour le locuteur du cham de la façade maritime centrale du Vietnam" (Higham 2002 : 288; voir aussi Lewitz 1967).

1.2. L'importance du dialecte khmer des Cardamomes

Le khmer est principalement parlé au Cambdoge et dans les zones frontalières (khmer de Surin en Thaïlande, et khmer Krom dans la zone du delta du Mékong au sud du Vietnam). La variété khmère appelée "khmer des Cardamomes" diffère de façon notable du khmer central. Selon Ferlus (1992), tous les dialectes khmers sont issus du khmer moyen : "Pour nous, d'un point de vue de phonetique historique et dans les limites de cette étude, le khmer moyen commence avec le XVIe siècle" (Ferlus 1992 : 58).
middlekhmer

Le khmer des Cardamomes est parlé des deux côtés de la frontière Cambodge-Thaïlande (Cambodge de l'Ouest et zone centrale de la Thaïlande de l'Est, province de Chanthaburi). Il possède un système vocalique très proche de celui du khmer moyen. Pour Martin (1992), cela tient notamment au fait qu'à la suite de la conquête de la ville de Longwek par les Siamois en 1591, le personnel de la Cour et les habitants de Longwek auraient trouvé refuge dans la zone de la chaîne des Cardamomes. Depuis cet événement, le khmer des Cardamomes et le khmer central auraient peu à peu divergé.

Le khmer des Cardamomes connaît une distinction entre le premier registre (registre haut : légèrement tendu, voix modale, ton inétermédiaire, ouverture des voyelles) et le second registre (registre bas : légèrement souflé, ton bas, qualité stable des voyelles). Le khmer des Cardamomes conserve ainsi des traces du large éventail de corrélats phonétiques en terme d'opposition de registres, qui était l'une des caractéristiques principales du khmer moyen et qui a été perdu dans beaucoup d'autres dialectes khmers, où les différences entre voyelles sont maintenant d'une importance capitale (Ferlus, 1979, 1992; Henderson 1952; Martin 1975; Pain 2014). Le môn décrit par Shorto (1962) et Christian Bauer (p.c.) semble à cet égard être plus conservateur que le khmer standard, car il conserve un système de registres avec une grande diversité de corrélats phonétiques (qualité de la voix, qualité des voyelles, et quelques différences au plan de la mélodie).
 

2. Les documents archivés : enregistrements audio de Marie Alexandrine Martin

Marie Alexandrine Martin (1932 - 2013) était une botaniste et une ethnologue du CNRS, rattachée au Centre de Recherche sur l'Extrême-Orient de Paris-Sorbonne (CREOPS). Entre 1965 et 1972, elle a mené des recherches ethnobotaniques et ethnolinguistiques dans la région de la chaîne des Cardamomes (villages khmers et péars), mais également auprès des populations khmères et péars de Thaïlande.

Une sélection de références bibliographiques de Marie Alexandrine Martin est disponible sur le site de l'AEFEK (Association d’Echanges et de Formation pour les Etudes Khmères).
Outre ses travaux universitaires, elle a écrit des livres à destination du grand public fondés sur ses observations de la société cambodgienne, qu'elle a assidûment documentée entre 1965 et la fin des années 90 (Martin 1989, 1997).

Les ressources mises à disposition ici correspondent à un ensemble d'enregistrements sur cassettes audio, recueillis entre la fin des années 60 et le milieu des années 70. Marie A. Martin a confié une copie de ses enregistrements à Michel Ferlus, qui a suggéré que ces données pourraient être numérisées en même temps que les siennes dans le cadre du projet DoReMiFA. Les héritiers de Marie Alexandrine Martin ont donné leur accord pour un archivage et une diffusion en ligne de ses données. La numérisation a été opérée par Alexis Michaud, tandis que le catalogage a été conduit par Michel Ferlus et Julien Heurdier.

Le fonds Marie Alexandrine Martin est composé de plusieurs enregistrements de dialectes khmers et de langues péariques (péar, chong, et samre) parlés dans la zone de la chaîne des Cardamomes (Cambodge de l'Ouest et Thaïlande de l'Est). Le fonds inclue également un enregistrement de brou et de tampuan (langues bahnariques de la province de Rotanah Kiri, Nord-Est du Cambodge).

Le corpus khmer du fonds Marie Alexandrine Martin comporte essentiellement des enregistrements recueillis dans la zone de la chaîne des Cardamomes, en deux points principaux :

1) dans le Cambodge du Sud-Ouest :

  • Province de Kaoh Kong, district de Thma Bang (11°49’N – 103°25’E ; proche de la province de Pursat/Pouthisat), communes de Ta Tey Leu et de Ruessei Chrum, qui se situent au milieu de la chaîne des Cardamomes. En 1998, moins de 3000 personnes vivaient au sein du district de Thma Bang, qui se trouve être un espace largement consacré à l'agriculture et à l'exploitation forestière.
  • Province de Kaoh Kong, district de Srae Ambel (11°30’N – 103°10’E ; proche de la province de Kampot), village côtier de Chhkê Prus au pied de la chaîne de l'Eléphant (Damrei), à l'extrêmité sud de la chaîne des Cardamomes.

kohkong

Carte de la province de Kaoh Kong (tirée de Mappery.com)




2) dans la partie Est de la Thaïlande, province de Chanthaburi, district de Pong Nam Ron (12°54’21’’N – 102°15’46’’E), sous-district de Thap Sai, commune de Thung Krang.

Ces enregistrements comportent des récits à propos de travaux agraires, des festivités locales, des noms de lieux, et des enquêtes linguistiques (vocabulaire).

Cet ensemble comporte aussi un enregistrement de khmer Krom (courte enquête linguistique), probablement collecté au Vietnam (delta du Mékong ?), où la majorité de l'ethnie khmère du Vietnam se trouve. Krom, en khmer, means “d'en bas” or “d'en-dessous” et réfère aux habitants orginaires de Kampuchea Krom, une zone située dans le sud du Vietnam, autrefois partie intégrante de l'Empire khmer. 

Marie Alexandrine Martin (khmèrophone) travaillait souvent avec une collaboratrice khmèrer. Durant les enquêtes linguistiques, son rôle consistait à donner une version khmère d'un item en guise de réplique avant que l'informateur parlant le khmer des Cardamomes ne produisse le même item en khmer des Cardamomes (double répétition). La collaboratrice de Marie Martin jouait aussi un rôle essentiel lors de tâches de narration, intervenant durant le récit de l'informateur afin de l'aider à poursuivre ou en relançant le récit à l'aide de questions.


3. Références

Ferlus, M. (1979). Formation des registres et mutations consonantiques dans les langues Mon-Khmer. Mon-Khmer Studies, 8, 1-76. 
Ferlus, M. (1992). Essai de phonétique historique du khmer (du milieu du premier millénaire de notre ère à l'époque actuelle). Mon-Khmer Studies, 21, 57-89.
Haudricourt, A.-G. (1965). Les mutations consonantiques des occlusives initiales en môn-khmer, Bulletin de la Société Linguistique de Paris, 60 (1), 160-172.
Henderson, E. J. A. (1952). The main features of Cambodian pronunciation. Bulletin of the School of Oriental and African Studies, 14 (1), 149-174.
Jones, R. (1986). Pitch register languages. in J. McCoy & T. Light. Contributions to Sino-Tibetan studies. Leiden: E.J. Brill, 135-136.
Killeen, T.J. (2012). The Cardamom conundrum. Reconciling development and conservation in the Kingdom of Cambodia. Singapore: NUS.
Kirby, J. P. (2014). Incipient tonogenesis in Phnom Penh Khmer: Acoustic and perceptual studies. Journal of Phonetics, 43, 69-85.
Lewitz, S. (1967). Recherches sur le vocabulaire cambodgien, II: mots sanskrits considérés comme khmers. Journal Asiatique, 225, 243-260.
Martin, M. A. (1975). Le dialecte cambodgien parlé à Tatey, massif des Cardamomes. Asie du Sud-Est et Monde Insulindien, 6 (4), 71-79.
Martin, M.A. (1989). Le mal cambodgien. Histoire d'une société traditionnelle face à ses leaders politiques 1946-87. Paris: Hachette.
Martin, M. A. (1992). Histoire et peuplement du massif des Cardamomes sous la monarchie khmère. in G. Condominas (Ed.), Disciplines croisées. Hommages à Bernard Philippe Groslier (pp. 219-254). Paris: EHESS.
Martin, M.A. (1997). Les Khmers Daeum, "Khmers de l'Origine". Société montagnarde et exploitation de la forêt. De l'écologie à l'histoire. Paris: Presses de l'EFEO.
Matisoff, J.A. (2001). Genetic versus contact relationship: prosodic diffusibility in South-East Asia. in A.Y. Aikhenvald & R.M.W. Dixon. Areal diffusion and genetic inheritance. Problems in comparative linguistics. Oxford: Oxford Univeristy Press.
Pain, F. (2014). An anthropological approach on Khmer dialectology. Language, buddhism and ethnicity. Anthropological Linguistics.
Shorto, H. L. (1962). A Dictionary of modern spoken Mon. London: Oxford University Press.
Sidwell, P. (2009). Classifying the Austroasiatic languages: history and state of the art. Munich: Lincom Europa.
Wayland, R. P., & Jongman, A. (2001). Chanthaburi vowels: phonetic and phonemic analyses. Mon-Khmer Studies, 31, 65-82.

4. Liens vers d'autres ressources

Archives en ligne du Mon-Khmer Studies Journal

S.E.A.L.A.N.G Projects : Mon-Khmer Languages Project

Central Khmer (Ethnologue)

Khmeric: Central Khmer, Northern Khmer, Old Khmer (Glottolog)

Les données khmer de Marie Alexandrine Martin ont été numérisées et cataloguées par l'Institut de recherche international MICA (HUST – CNRS/UMI-2954 – Grenoble INP) en partenariat avec le LACITO dans le cadre du projet DO-RE-MI-FA (Sept. 2014-Feb. 2016) financé par la Bibliothèque Scientifique Numérique (BSN), un programme du Ministère de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche (MESR, France).


BSN MICA

AuCo

Dernière mise à jour : 2016.

Rédacteur de la page : Julien Heurdier. Contact: Alexis Michaud

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